Pommiers de plein vent… et pleins de chants

L’image la plus véhiculée de la Normandie est connue de tous : des vaches (normandes si possible…) pâturant sous des pommiers ou des poiriers en fleur. Ces vergers, “plants”, “cours” ou “clos” selon les régions normandes qui furent une réalité économique jusque dans les années 1950 sont maintenant devenus l’exception sauf dans quelques régions. Il faut savoir gré aux paysans amoureux de leurs pommiers et de leurs poiriers d’avoir résisté à l’appât de la prime à l’arrachage dans les années 1960, et même d’avoir replanté après les deux tempêtes de 1987 et 1999!

Si l’âge d’or du verger de pommiers hautes tiges fut relativement bref (environ un siècle), il fut cependant suffisamment long pour permettre à beaucoup d’espèces sauvages de coloniser cet habitat si original. En pays de bocage, pas de verger sans haie, cette relation à elle seule est déjà capitale pour comprendre la richesse du verger. La haie offre en particulier les buissons qui manquent au verger, celui-ci apportant ses vieux troncs à cavités, ses branches parfois mortes, ses fleurs et ses fruits selon les saisons. Les bovins qui pâturent la prairie naturelle complètent l’explication de cette richesse.

Il faut bien comprendre le mot “richesse” quand on parle de nature. La biodiversité est un concept d’actualité : la façon la plus simple de l’exprimer est de compter le nombre d’espèces présentes dans un milieu, c’est à dire la richesse au sens écologique du terme. Et le verger, tout artificiel qu’il soit puisque c’est une “invention” de l’homme, n’a pas à rougir de la liste d’oiseaux qui l’habitent! Plusieurs études menées en Normandie par les observateurs du Groupe ornithologique normand ont abouti à une liste de 68 espèces dont plus de 30 qui y nichent au printemps.  Encore faut-il bien savoir de quel verger et de quel pommier on parle…  Par exemple, une étude montre la présence de 58 espèces dans un verger haute tige traditionnel, limité par des haies et seulement 25 dans un verger basse tige intensif. Il y a plusieurs explications à cette différence, la principale étant l’absence de cavités dans les  “mini-troncs” des basses tiges, empêchant ainsi toutes les espèces nichant dans les trous des arbres  de s’installer: mésanges, sittelles, grimpereaux, chouette chevêche, pics, tous sont absents… Il faut ajouter que l’entretien des vergers basses tiges implique des traitements chimiques répétés, bien que réduits et “doux” en agriculture bio, qui limitent grandement la quantité d’insectes disponibles sur les arbres fruitiers, ce qui n’est pas le cas des fruitiers traditionnels hautes tiges.

L’enseignement majeur de ces études est que le verger traditionnel est actuellement le dernier refuge de quelques espèces menacées en Normandie, en particulier le moineau friquet, le rougequeue à front blanc, la chouette chevêche… La mésange nonnette n’est nulle part aussi présente en bocage que dans les parcelles de vieux pommiers: ses populations “fermières” se sont effondrées à la fin du 20e siècle parallèlement au démembrement du maillage bocager. Et il n’est plus question des trésors perdus: le torcol, la pie-grièche écorcheur, le pigeon colombin, et même le rarissime pic cendré dans le Sud-Manche, toutes espèces emblématiques bien présentes dans les vergers au temps où le cidre tenait la dragée haute au vin et à la bière…

Nos voisins britanniques si attachés à leur nature ont institué une “Journée de la pomme” (le 21 octobre) avec un slogan qui résume bien le défi: ” The apple you eat is the landscape you create.” (La pomme que vous mangez est le paysage que vous créez). On pourrait ajouter: “le cidre que vous buvez est l’oiseau que vous protégez”. Quand le consommateur normand ou d’ailleurs aura retrouvé la culture perdue de ses grand-pères, au temps où les congrès de pomologie étaient de haut niveau, on cessera de boire “du” cidre au restaurant mais on choisira son cru, on cessera de voir dans les rayons du supermarché trop de produits indéfinis étiquetés “cidre” mais des bouteilles remplies par des agriculteurs fiers de leur production. Les amateurs de nature auront à coeur de peser sur les orientations du marché comme tout consommateur peut le faire: exiger au restaurant un cidre issu de fruits mûris sur des pommiers hautes tiges est aussi un choix positif pour la protection de nos oiseaux et de la nature en général, car le raisonnement vaut pour les coccinelles, les papillons, les chauves-souris, etc.

À Tirepied, le 4 octobre 2009,

Jean Collette, pour le Groupe ornithologique normand

Le numéro 67 de la revue Le Cormoran éditée par le GONm, est entièrement consacré aux oiseaux du verger régional.

181 rue d’Auge 14000 CAEN  (02 31 43 52 56)

Un commentaire

Le 28 octobre 2009, vidal mireille a dit :

Bonjour,
Je suis native de Normandie et nostagique des paysages. Je voudrais planter des pommiers et voudrais savoir où je peux trouver
1- le nom des pommiers penchés qui habillent le bocage
2- où puis je trouver des pommiers Normands à commander qui n’aient pas subit de modification…
3 -pour 5 arbres environs ou un peu plus quels qualités sont conseillées pour faire du cidre.
Merci si vous pouvez m’aider

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